A quoi ressemble un burn-out

A quoi ressemble un burn-out

Fin janvier 2019, une enquête du Soir(1) mentionnait qu’un employé sur six serait menacé par le burn-out selon Securex et que le nombre de personnes touchées ne cessait d’augmenter.

Une simple recherche sur internet permet de trouver nombre d’articles listant les symptômes liés au burn-out. Mais au-delà des définitions et des listes de symptômes, à quoi ressemble un burn-out quand il apparaît ? Comment le processus s’enclenche-t-il ? Comment est-il vécu par la personne qui en souffre ? C’est ce que je vous propose de découvrir au travers des récits d'Isabelle, Marie et Marc.

Ces récits sont inspirés de témoignages recueillis au long de mon propre parcours et lors des accompagnements que j'assure au centre paramédical. Les personnages sont évidemment fictifs. Pour en savoir plus, sur une prise en charge du burn-out , consultez la page correspondante du site en suivant ce lien.

Isabelle

Isabelle est infirmière. Ce qui lui plaisait dans ce travail, c’était la relation aux autres, l’aide aux personnes. Au fil des années, le travail a changé, le rythme s’est accéléré. Les coupes budgétaires, les rationalisations financières et le manque de personnel impliquent une cadence de plus en plus soutenue, des horaires de plus de plus pénibles, un temps de plus en plus limité pour administrer les soins. Si bien qu’elle ne peut plus accorder aux personnes l’attention que chacune mériterait. Le temps pour chaque acte technique est minuté.

Elle a le sentiment qu’on lui impose de travailler d’une façon qui va à l’encontre de ce qu’elle pense être juste. Son travail ressemble de plus en plus à du travail à la chaîne et de moins en moins à un travail d’aide aux personnes. Avec le rythme qu’on lui impose, elle éprouve le sentiment de devoir s’occuper des patients comme s’il s’agissait de simples objets, avec des gestes de plus en plus déshumanisés. Elle en est écœurée. Elle se rend compte qu'elle n'arrive plus à mettre de chaleur humaine dans ce qu'elle fait, par manque de temps, mais parfois aussi parce qu'elle n'en a simplement plus l'énergie. De leur côté, les patients semblent toujours plus difficiles et exigeants.

Il lui arrive d'envisager de quitter son travail, peut-être de se lancer comme infirmière indépendante, mais l'insécurité du statut d'indépendant lui fait peur. Et puis, elle pense à ses collègues surmenés eux aussi. L'équipe est déjà en sous- effectif, les lâcher maintenant les mettrait encore davantage en difficulté. Alors elle tient bon...

Depuis un certain temps, elle a l’impression que son système immunitaire la laisse tomber et d’attraper tout ce qui passe, rhumes, angines, gastros… Elle se sent chaque jour plus lasse, plus fatiguée, comme vidée.

Le fait de tomber malade régulièrement ajoute de la fatigue à la fatigue et l'angoisse de commettre des erreurs à cause de la fatigue ne la lâche plus. Elle s'efforce de se maintenir en permanence en état de vigilance, pour ne rien oublier. La nuit, elle se réveille en sueur avec la peur de s'être trompée. Les pauses se succèdent, trois, parfois quatre sur la même semaine, un week-end sur deux et les nuits surchargées, avec une seule infirmière pour trente patients.

Elle tient bon, mais avec la sensation d'avoir une boule dans le ventre, un mélange de colère sourde et de dégoût qui l'étranglent. À bout, elle se dit qu'elle devrait peut-être voir son médecin, demander un certificat pour récupérer un peu, mais elle sait que son absence mettrait les autres "dans la merde". Alors elle tient bon.

Un matin, il lui est simplement impossible de sortir de son lit…

Marie

Marie travaille dans la même société depuis la fin de ses études. Elle a changé plusieurs fois de fonctions. Ses supérieurs lui disent souvent que ses compétences sont vraiment appréciées, qu'il y a de nombreux projets où ils auraient vraiment besoin d'elle. Pourtant, on lui confie la plupart du temps des tâches ayant très peu de valeur ajoutée et sans lien réel avec ses compétences soi-disant « tellement appréciées ». Elle se sent peu utile, comme si on l'occupait plus qu'autre chose. D’ailleurs, malgré ces beaux discours, lors de ses évaluations annuelles, elle se voit systématiquement attribuer une évaluation moyenne depuis quelques années.

La seule explication qu’elle reçoit se résumant à ceci : « On est vraiment content de toi, mais tu comprends que par rapport à un tel ou un tel, on ne peut pas donner une évaluation plus élevée ».

Il est vrai qu’elle a le sentiment de n'avoir jamais vraiment trouvé sa place dans ce boulot. Elle a d'ailleurs souvent envisagé de changer totalement de secteur d’activité, mais sans idée claire de ce qu’elle aimerait ou pourrait faire. En attendant, elle s’investit tout de même là où elle est et cherche a varier sa manière de contribuer au sein de l 'entreprise. Elle a la conviction d’avoir quelque chose à apporter au-delà des tâches qu’on lui assigne. La qualité de son travail et son apport sont d’ailleurs appréciés par ses collègues et son chef direct.

Mais, quel que soit son investissement, ses évaluations restent invariablement les mêmes année après année. L’équivalent de « fait ce qu’on attend d’elle », qu’elle comprend comme « fait son travail, sans plus », au même titre que certains collègues qui ont depuis longtemps arrêté de s’investir, argumentant que de toute façon, s'investir ou pas ne change quand même rien.

Avec le temps, elle souffre de plus en plus de tensions musculaires au niveau des épaules et de la nuque, de douleurs tendineuses aux articulations : poignets, coudes, puis genoux et chevilles, sans explication apparente. Elle est plus attentive à l’ergonomie de son poste de travail. Rien n’y fait.

Cette année, alors qu'on lui avait promis une assignation où elle mettrait vraiment à profit ses compétences, elle se retrouve cantonnée dans un travail répétitif et abrutissant, ne demandant aucune faculté intellectuelle. On lui demande de patienter, on lui promet de trouver quelqu'un pour la soulager et lui confier d'autres choses. C’est pourtant l’inverse qui se passe: on engage quelqu’un à qui l’on confie les tâches à plus haute valeur ajoutée qui étaient pourtant parfaitement dans ces cordes.

Marie se sent de plus en plus irritable, se surprend même à s’énerver sur ses collègues d’une façon qui ne lui ressemble pas et à hurler de plus en plus souvent de manière incontrôlée sur ses enfants. Elle ne se reconnaît plus, se dit qu’elle a besoin de vacances, qu’il s’agit d’une mauvaise passe, que ça ira bientôt mieux.

Femme en burn-out

Et puis, il y a cette petite phrase anodine "Toi Marie, tu es bien là où tu es" (sans doute parce qu'il n'est pas si facile de trouver quelqu'un qui s'attèle aussi consciencieusement à ce type de tâches dont personne ne veut). Bien là où elle est !?! À faire ce travail qu’elle supporte de moins en moins et dans lequel elle s’épuise pour si peu de valeur ajoutée ! À ses yeux, c’est comme on lui avait lancé la pire insulte, comme s’il lui avait dit qu’elle n’était bonne qu’à ça. Elle sent la fureur monter, elle sort de ses gonds et claque la porte sous le regard médusé de ses collègues. La tête lui tourne, elle a envie de vomir.

Depuis quelque temps, elle souffre de maux de tête fréquents et de problèmes de digestion. Elle va travailler avec une sensation de nausée et une boule dans la gorge. Elle se sent de plus en plus épuisée. Encore un peu de patience, les vacances approchent… mais elle sent bien que les deux semaines de vacances prévues ne suffiront pas.

Les interactions avec les autres lui demandent trop d'énergie, elle ressent le besoin de s’isoler. Elle se surprend à oublier des choses de manière incompréhensible : les activités de ses enfants, des choses qu’on lui dit. Elle s’en veut. Elle a de plus en plus de mal à focaliser son attention, parfois elle a même du mal a comprendre ce qu’on lui dit. Le matin, il lui arrive de rester plusieurs minutes à fixer son écran avant d’arriver à commencer à travailler. Elle se sent comme à côté d’elle-même.

On lui propose finalement une mission qui correspond à ses aptitudes. Elle y voit l’occasion de montrer ce qu'elle vaut… mais elle n’arrive plus à s’y intéresser. Elle a beau s’efforcer de lire les documents, elle lit sans comprendre ce qu’elle lit. Le fait même de lire lui demande un effort démesuré. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. La moindre tâche, la moindre démarche, lui semblent une montagne.

Au travail, elle a l’impression que tout se passe comme à une certaine distance d’elle, comme si elle était derrière une vitre ou dans une bulle et que les choses n’arrivaient plus vraiment jusqu’à elle… et toujours cette sensation de nausée. Quand elle s’efforce de s’y mettre, coûte que coûte, c’est comme si son corps refusait.

Ce soir-là, elle quitte le bureau, prend le volant de sa voiture, puis s’arrête sur le bas-côté : elle fond en larmes, des larmes qu’elle ne peut associer à aucun événement précis de la journée et pourtant qu’elle ne peut plus arrêter.

Marc

Marc s’est toujours investi dans son travail. C’est quelqu’un sur qui on peut compter et qui aime le travail bien fait. Ses collègues et ses chefs le savent et l’apprécient pour cela. Il travaille beaucoup, vérifie ses mails jusque tard dans la soirée, répond aux appels même pendant ses congés.

Les dates-butoirs se succèdent, souvent irréalistes, et sans répit. Il arrive qu’on lui demande en urgence de prendre en charge une tâche supplémentaire pour venir en aide à l’équipe. Il a du mal à refuser. On lui dit qu’il pourrait déléguer certaines choses, mais il n’a pas envie de lâcher les choses dans lesquelles il s’est investi. Il se sent poussé à prendre en charge des tâches dont il n'a pas envie, sous prétexte qu'il est le mieux placé pour le faire, et à déléguer ce qu'il aime vraiment.

Homme en burn-out

Depuis quelque temps, Marc se sent plus lent, moins efficace et fatigué. Des détails plus ou moins importants lui échappent de plus en plus souvent. Il éprouve du mal à se concentrer. Du coup, pour compenser sa perte de productivité, il travaille plus longtemps.

Les exigences du client lui semblent toujours plus absurdes et s’accompagnent du sentiment que quoiqu’il fasse il ne pourra de toute façon pas les satisfaire. Il se sent pris en étau entre les contraintes imposées par le client, appuyées par sa hiérarchie, et la réalité de terrain. Il se sent envahit d'un sentiment d'impuissance et d'à quoi bon. Il a juste envie d'envoyer tout le monde paître et qu’on lui fiche la en paix !

Il souffre régulièrement d’insomnie, se réveille en pleine nuit et ses pensées se mettent à tourner en boucle. La journée, il a le sentiment de sauter d'une chose à l'autre, constamment happé par ce qu’il doit encore faire, ce qu’il ne doit surtout pas oublier, et en même temps les choses semblent de plus en plus lui échapper.

Il n’arrive plus à trouver aucun plaisir dans son travail. Il a du mal à se lever le matin et éprouve le sentiment de n’être plus bon à rien à partir du milieu de l’après-midi. Il traverse ses journées comme un zombie. Si au moins il pouvait dormir correctement !

Ce matin, il a eu particulièrement du mal à se lever. Il s’installe à son bureau, allume son ordinateur et fixe sa boîte mail : il ne parvient plus à faire quoi que ce soit, incapable de lire ce qui se trouve devant ses yeux, incapable de commencer à travailler, il est comme figé devant son écran…

Bien plus qu’un simple surmenage

Le burn-out a parfois été réduit à la notion de surmenage, mais sa réalité est bien plus large que cela. C’est un épuisement physique, mental et émotionnel souvent lié

  • à une perte de sens de ce que l’on fait,
  • à un décalage par rapport à ses valeurs, par rapport à qui l’on est,
  • à un sentiment d’inutilité, d’absence de valeur ajoutée,
  • à un décalage entre l’investissement fourni et la reconnaissance effective,
  • au fait d’être régulièrement confrontés à des discours contradictoires, manipulateurs ou mensongers,
  • ou encore à l’impossibilité de correspondre à ce qui est demandé ou à ce à quoi on pense devoir correspondre.

L’assimilation du burn-out à l’idée de surmenage a trop souvent conduit à l’incompréhension face aux autres réalités qu’il recouvre. Or le burn-out résulte souvent de la combinaison de plusieurs facteurs et il n’est pas nécessairement lié à un excès de travail.

Il touche généralement des personnes qui s’investissent, qui ont un désir de contribuer, de bien faire, ainsi que des personnes qui ont le sentiment de devoir prouver ce qu’elles valent.

Depuis quelques années, on reconnaît ce syndrome dans d'autres domaines que le domaine professionnel. On parle ainsi de burn-out parental. À la différence d’une dépression, le burn-out touche un domaine précis du quotidien.

Lire aussi : Comment sortir d’un burnout

(1)Enquête du Soir mentionnée en haut de la page "Burn-out : toujours plus de travailleurs au bout du rouleau" par CLARA VAN REETH, mis en ligne le 29 janvier 2019

Photo 1 par Peter Kraayvanger sur Pixabay
Photo 2 par Anh Nguyen sur Unsplash
Photo 3 par Nik Shuliahin sur Unsplash

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